IP Box FiscalitéArticle 238 du CGI

IP box pour les sociétés de biotechnologie

Quels actifs, quels revenus et quel ratio nexus pour les sociétés de biotechnologie ? Le régime de l’article 238 appliqué à la réalité du secteur, avec un exemple chiffré.

Mis à jour le 15 octobre 2026Lecture 5 minSources : CGI et BOFiP

PlancheBiotechnologies
BiotechnologiesFig. 3

Le modèle économique de nombreuses biotechs repose sur la licence : la société découvre et développe une molécule ou une technologie, puis en concède les droits à un laboratoire pharmaceutique contre un paiement initial, des paiements d’étape et des redevances. C’est exactement le schéma que l’IP box vise.

Manipulation à la pipette dans un laboratoire de biotechnologie

Le secteur et sa propriété intellectuelle

Les biotechs françaises, souvent issues de la recherche publique, financent leur développement par levées de fonds, CIR et aides publiques, avant de valoriser leurs actifs par des licences auprès de laboratoires pharmaceutiques. Les premiers revenus arrivent tard, sous forme de paiements initiaux et d’étape parfois très importants. Le traitement de la longue phase de résultat net négatif et le rattachement des paiements au bon exercice déterminent l’intérêt du régime.

Trois questions décident de l’intérêt du régime dans ce secteur : la nature des actifs détenus, la forme juridique des revenus qu’ils produisent et l’origine de la recherche qui les a créés. Les sections suivantes y répondent dans l’ordre.

Les actifs éligibles chez les sociétés de biotechnologie

Les actifs qui ouvrent droit au taux de 10 % dans ce secteur sont les suivants ; chacun a ses propres conditions.

Les revenus qui peuvent être imposés à 10 %

Le régime vise la concession, la sous-concession et la cession des actifs. Pour les sociétés de biotechnologie, cela recouvre typiquement :

  • paiements initiaux à la signature d’une licence ;
  • paiements d’étape liés aux phases cliniques et réglementaires ;
  • redevances sur les ventes du licencié ;
  • prix de cession d’un programme ou d’un portefeuille de brevets.

Lorsqu’un contrat associe l’actif à des prestations non éligibles, seule la part de l’actif bénéficie du régime, selon une ventilation objective et documentée. Voir le guide ventilation des revenus.

Le ratio nexus dans le secteur

La recherche confiée à des CRO indépendantes et à des laboratoires académiques compte au numérateur. Les programmes acquis auprès d’autres biotechs, ou les licences entrantes, pèsent au dénominateur. Pour un actif acquis en phase avancée puis développé, la majoration de 30 % et les dépenses de développement ultérieures améliorent progressivement le ratio.

Exemple chiffré

Une biotech perçoit un paiement d’étape de 4 M€ d’un laboratoire licencié. Elle a dépensé 1,5 M€ sur le programme dans l’année, cumulé 9 M€ de recherche interne et en CRO, et avait acquis la molécule 2 M€.

Exemple indicatif établi avec le moteur de calcul du site, hypothèses fictives.
Étape du calculMontant
Revenus tirés de l’actif sur l’exercice4 000 000 €
Dépenses de R&D de l’exercice rattachées à l’actif− 1 500 000 €
Résultat net de l’actif2 500 000 €
Dépenses qualifiantes cumulées (interne et tiers indépendants)9 000 000 €
Sous-traitance à des entreprises liées et acquisitions2 000 000 €
Ratio nexus : min(9 000 000 € × 1,3 ; 11 000 000 €) ÷ 11 000 000 €100 %
Résultat imposé à 10 %2 500 000 €
Impôt au taux de 25 % sans l’option625 000 €
Impôt au taux de 10 % avec l’option250 000 €
Économie d’impôt estimée sur l’exercice375 000 €

Le tableau ci-dessous montre comment l’économie évolue si les revenus de l’actif sont divisés par deux ou doublés, à dépenses inchangées : elle progresse plus vite que les revenus, parce que les dépenses de R&D sont déduites avant l’application du taux réduit.

Sensibilité de l’économie au niveau des revenus, calculée avec le moteur du site.
ScénarioRevenus de l’actifRésultat netBase à 10 %Économie
Revenus divisés par deux2 000 000 €500 000 €500 000 €75 000 €
Hypothèse de l’exemple4 000 000 €2 500 000 €2 500 000 €375 000 €
Revenus doublés8 000 000 €6 500 000 €6 500 000 €975 000 €

L’économie d’impôt ressort à 375 000 € sur l’exercice, avec un ratio nexus de 100 %. Si l’entreprise remplissait déjà ces conditions sans avoir opté, l’IP box peut s’appliquer rétroactivement sur ses trois derniers exercices : à revenus comparables, environ 1 125 000 € d’impôt récupérable. Le même calcul, avec vos chiffres, est disponible dans le simulateur.

Les pièges propres aux sociétés de biotechnologie

  • Rattacher un paiement d’étape à un mauvais exercice.
  • Inclure dans les revenus éligibles la fourniture de produit ou les prestations de recherche prévues au contrat.
  • Oublier qu’un résultat net négatif accumulé pendant le développement absorbe les premiers revenus du même actif.

Les documents à réunir dans le secteur

Avant d’opter, une entreprise du secteur gagne à rassembler les pièces suivantes, qui répondent aux questions que pose habituellement un vérificateur.

  • Les contrats de licence avec l’échéancier des paiements initiaux, d’étape et des redevances.
  • Les accords avec les établissements de recherche d’origine et leurs droits sur les résultats.
  • Les contrats avec les sociétés de recherche sous contrat et leur indépendance.
  • Le suivi des dépenses par programme depuis l’origine.

Mettre en place l’IP box dans le secteur

  1. Identifier les actifs qui génèrent des revenus et vérifier leur éligibilité (titre en vigueur, originalité du logiciel, titularité des droits).
  2. Qualifier les revenus : concession, sous-concession ou cession, et ventilation des contrats qui incluent des services.
  3. Reconstituer les dépenses de R&D par actif depuis l’origine, en distinguant interne, tiers indépendants, sociétés liées et acquisitions.
  4. Calculer le résultat net et le ratio nexus, puis estimer l’économie sur plusieurs exercices.
  5. Documenter et opter : documentation de l’article L. 13 BA, annexe 2468-SD jointe à la liasse.

IP box, CIR, CII et JEI

Les biotechs sont parmi les premières bénéficiaires du CIR et du statut JEI. L’IP box intervient lorsque la société perçoit ses premiers revenus de licence, souvent après plusieurs années de déficit : le traitement du résultat net négatif est alors décisif.

Les dépenses déduites pour calculer le résultat net IP box peuvent aussi figurer dans la base du crédit d’impôt recherche, la doctrine précisant que les deux dispositifs ne sont pas exclusifs. Voir le comparatif IP box et CIR.

Les entreprises du secteur en France

Nombre d’entreprises actives en France pour les principaux codes NAF du secteur, selon le répertoire SIRENE. Le code d’activité ne suffit pas à établir l’éligibilité, mais il donne la mesure du nombre d’entreprises potentiellement concernées.

Source : API Recherche d’entreprises (SIRENE, Insee), au 15 octobre 2026.
Code NAFActivitéEntreprises actives
72.11ZRecherche-développement en biotechnologie2 355
21.10ZFabrication de produits pharmaceutiques de base230
21.20ZFabrication de préparations pharmaceutiques559

Où sont implantées les entreprises du secteur

Parmi les 128 villes suivies, celles qui comptent le plus d’entreprises sous les codes d’activité du secteur. Chaque page ville détaille l’écosystème local et le tissu d’entreprises concernées.

Questions fréquentes

Les paiements d’étape d’une licence de biotech sont-ils éligibles ?

Oui, dans la mesure où ils rémunèrent la concession du brevet ou de la technologie. Ils sont retenus dans le résultat net de l’exercice au cours duquel ils sont acquis.

Une biotech déficitaire a-t-elle intérêt à opter ?

Tant que le résultat net de l’actif est négatif, il n’y a rien à imposer à 10 %. L’intérêt naît avec les premiers paiements importants ; l’option et le suivi par actif doivent être préparés en amont.

Combien une entreprise du secteur peut-elle économiser ?

Dans l’exemple de cette page, l’économie atteint 375 000 € par an pour 4 000 000 € de revenus d’actif. Elle passe à 975 000 € si les revenus doublent, à dépenses constantes. Le simulateur permet de faire le calcul avec vos propres chiffres.

Quels documents préparer avant d’opter ?

Outre la documentation commune (organisation de la R&D, liste des actifs, ratio nexus, méthodes de répartition), les pièces clés du secteur sont : les contrats de licence avec l’échéancier des paiements initiaux, d’étape et des redevances ; les accords avec les établissements de recherche d’origine et leurs droits sur les résultats ; les contrats avec les sociétés de recherche sous contrat et leur indépendance ; le suivi des dépenses par programme depuis l’origine.

L’IP box est-elle intéressante pour les sociétés de biotechnologie ?

Elle l’est dès qu’une entreprise du secteur tire des revenus de licence ou de cession d’un actif éligible et que son résultat net est positif. L’économie dépend du résultat net de l’actif et du ratio nexus ; dans l’exemple de cette page, elle atteint 375 000 € par an.