IP Box FiscalitéArticle 238 du CGI

IP box rétroactive : récupérez l’impôt de vos 3 derniers exercices

Vous remplissiez déjà les conditions de l’IP box sans avoir opté ? L’impôt payé en trop sur les exercices 2023, 2024 et 2025 peut être réclamé à l’administration. Pour l’exercice 2023, le délai expire le 31 décembre 2026.

Mis à jour le 15 octobre 2026Lecture 4 minJurisprudence 2025-2026

PlancheRattrapage
Exercices 2023, 2024 et 2025Fig. 13

Beaucoup d’entreprises découvrent l’IP box après avoir déposé leurs liasses fiscales : éditeurs de logiciels, industriels qui licencient des brevets, biotechs qui ont perçu des paiements de licence. Leurs revenus remplissaient les conditions du taux de 10 %, mais elles ont été imposées à 25 %. La bonne nouvelle est que l’IP box peut leur être appliquée rétroactivement, sur les trois derniers exercices, par une réclamation adressée à l’administration.

Dirigeant reprenant des documents chiffrés, sablier sur le bureau

En bref

  • Exercices récupérables aujourd’hui : 2023, 2024 et 2025 (exercices clos au 31 décembre).
  • Le délai de l’exercice 2023 expire le 31 décembre 2026.
  • L’impôt récupéré est remboursé avec des intérêts moratoires.
  • Fondement : réclamation dans le délai de l’article R. 196-1 du LPF, admise par les tribunaux administratifs de Lyon (2025), Paris (2025) et Cergy-Pontoise (2026).

Le principe : opter par voie de réclamation

En temps normal, l’option pour l’IP box se fait dans la liasse fiscale, par l’annexe 2468-SD. Mais aucun texte ne prévoit qu’une option exercée plus tard soit privée d’effet. Les tribunaux administratifs en ont tiré la conséquence : une entreprise peut exercer l’option après coup, en déposant une réclamation contentieuse dans le délai de droit commun de l’article R. 196-1 du Livre des procédures fiscales, c’est-à-dire jusqu’au 31 décembre de la deuxième année qui suit le paiement de l’impôt.

La réclamation demande le dégrèvement de la différence entre l’impôt payé au taux normal et l’impôt qui aurait été dû au taux de 10 % sur le résultat net éligible. Si elle aboutit, l’administration rembourse cette différence, majorée des intérêts moratoires prévus à l’article L. 208 du LPF.

Quels exercices pouvez-vous encore récupérer ?

Exercices clos au 31 décembre. Pour un exercice décalé, le délai se calcule à partir de la date de paiement du solde de l’impôt.
ExerciceImpôt soldé enRéclamation possible jusqu’au
2023202431 décembre 2026
2024202531 décembre 2027
2025202631 décembre 2028

Chaque 31 décembre, un exercice sort du délai. Une entreprise qui attend le printemps prochain pour se décider aura définitivement perdu l’exercice 2023. C’est pourquoi le dossier de rattrapage gagne à être lancé dès maintenant, même si la réclamation elle-même peut être déposée jusqu’à la date limite.

Combien peut-on récupérer ?

Prenons un éditeur de logiciel qui a développé son produit en interne et dont les revenus de licence ont progressé sur les trois derniers exercices, avec 220 000 € de dépenses de développement par an.

Exemple indicatif calculé avec le moteur du site, ratio nexus de 100 %, hors intérêts moratoires.
ExerciceRevenus de l’actifRésultat netImpôt récupérable
2023720 000 €500 000 €75 000 €
2024810 000 €590 000 €88 500 €
2025900 000 €680 000 €102 000 €
Total sur trois exercices265 500 €

Dans cet exemple, le rattrapage représente 265 500 €, sans compter les intérêts moratoires. Et l’option exercée pour le passé vaut aussi pour l’avenir : les exercices suivants bénéficieront directement du taux de 10 %. Le simulateur affiche cette estimation sur trois exercices à partir de vos propres chiffres.

Ce que disent les tribunaux

Décisions de première instance sur l’option exercée après coup.
JuridictionDateNuméroSolution
Tribunal administratif de Lyon5 février 20252307194Option admise dans le délai de réclamation
Tribunal administratif de Paris4 décembre 20252316919Précisions sur le délai d’option
Tribunal administratif de Cergy-Pontoise29 janvier 20262308638IP box accordée par réclamation sur les exercices 2019 et 2020

Dans l’affaire jugée à Cergy-Pontoise, un éditeur de logiciel SaaS avait réclamé l’IP box sur ses exercices 2019 et 2020 après avoir déposé ses liasses. Le tribunal a jugé l’option valable, « faute de disposition légale prévoyant une déchéance en cas d’exercice tardif », a vérifié l’éligibilité du logiciel, les dépenses et le ratio nexus, puis accordé le taux de 10 % et une décharge partielle d’impôt. L’analyse détaillée présente cette jurisprudence.

Comment se déroule le rattrapage

  1. Diagnostic : vérifier, exercice par exercice, l’éligibilité des actifs et des revenus, et chiffrer l’impôt récupérable.
  2. Reconstitution du dossier : résultat net, ventilation des revenus, dépenses cumulées et ratio nexus pour chaque exercice, documentation conforme à l’article L. 13 BA du LPF.
  3. Réclamation : dépôt auprès du service des impôts des entreprises, avec le calcul et les pièces, avant la date limite de chaque exercice.
  4. Réponse de l’administration : elle dispose en principe de six mois ; sans réponse dans ce délai, la réclamation est réputée rejetée.
  5. Tribunal administratif : en cas de rejet, l’entreprise peut saisir le tribunal, devant lequel la jurisprudence citée lui est aujourd’hui favorable.

La procédure prend du temps et suppose un dossier aussi solide qu’une option dans les délais. C’est un travail de spécialiste, avocat fiscaliste ou expert-comptable rompu à l’IP box, dont l’intervention peut, selon les cas, être en partie rémunérée en fonction du résultat obtenu.

Les conditions à remplir

Le rattrapage ne crée pas de droits nouveaux : il permet seulement d’appliquer le régime à des exercices où ses conditions étaient remplies. Il faut donc, pour chacun des exercices réclamés, que l’entreprise ait été soumise à l’IS ou à l’IR selon un régime réel, qu’elle ait détenu un actif éligible et qu’elle en ait tiré des revenus de concession, de sous-concession ou de cession. Le résultat net et le ratio nexus se calculent comme pour une option ordinaire.

La position de l’administration

La doctrine administrative (BOI-BIC-BASE-110-20) considère que l’option doit être exercée dans la déclaration de résultat. L’administration rejettera donc vraisemblablement la réclamation en première intention, ce qui conduit l’entreprise devant le tribunal administratif. Les décisions rendues jusqu’ici sont favorables aux entreprises ; les cours administratives d’appel ne se sont pas encore prononcées.

Questions fréquentes

L’IP box peut-elle être appliquée rétroactivement ?

Oui, par voie de réclamation, sur les exercices dont le délai n’est pas expiré, soit aujourd’hui 2023, 2024 et 2025 pour des exercices clos au 31 décembre. Plusieurs tribunaux administratifs l’ont admis en 2025 et 2026.

Jusqu’à quand peut-on récupérer l’exercice 2023 ?

Jusqu’au 31 décembre 2026, l’impôt de cet exercice ayant été soldé en 2024.

L’impôt récupéré produit-il des intérêts ?

Oui. Un dégrèvement obtenu à la suite d’une réclamation ouvre droit aux intérêts moratoires prévus à l’article L. 208 du LPF.

Faut-il avoir déposé l’annexe 2468-SD à l’époque ?

Non, c’est précisément l’objet du rattrapage : l’option est exercée après coup, dans la réclamation, avec le calcul du résultat net et du ratio nexus de chaque exercice.

Le rattrapage est-il accepté par l’administration ?

Sa doctrine s’y oppose, et elle rejette en général la réclamation. Les tribunaux administratifs de Lyon, Paris et Cergy-Pontoise ont en revanche donné raison aux entreprises. La position des cours d’appel est attendue.