IP box pour les entreprises legaltech
Quels actifs, quels revenus et quel ratio nexus pour les entreprises legaltech ? Le régime de l’article 238 appliqué à la réalité du secteur, avec un exemple chiffré.
Mis à jour le 15 octobre 2026Lecture 4 minSources : CGI et BOFiP
Les legaltechs éditent des logiciels de rédaction, de recherche juridique, de gestion de contrats ou de conformité. Leurs logiciels sont éligibles lorsqu’ils sont originaux ; les bases documentaires et les contenus éditoriaux juridiques ne le sont pas.

Le secteur et sa propriété intellectuelle
La legaltech française propose des logiciels de rédaction, de gestion de contrats, de recherche juridique et de conformité aux cabinets et directions juridiques. Le marché, en forte croissance avec le traitement automatique du langage, repose sur l’abonnement. Les bases documentaires, très présentes dans le secteur, sont exclues de l’IP box et doivent être isolées.
Pour une entreprise du secteur, la question n’est donc pas seulement de savoir si elle détient un actif éligible, mais si ses revenus prennent la forme d’une concession ou d’une cession, et si sa recherche est conduite en interne. Ce sont ces trois paramètres que les sections suivantes passent en revue.
Les actifs éligibles chez les entreprises legaltech
Les actifs qui ouvrent droit au taux de 10 % dans ce secteur sont les suivants ; chacun a ses propres conditions.
Les revenus qui peuvent être imposés à 10 %
Le régime vise la concession, la sous-concession et la cession des actifs. Pour les entreprises legaltech, cela recouvre typiquement :
- abonnements à des logiciels de gestion juridique, pour leur part logicielle ;
- licences à des cabinets et directions juridiques ;
- licences d’API de moteurs d’analyse documentaire.
Toute prestation incluse dans le prix, comme le support, la maintenance ou la formation, doit être isolée : le taux réduit ne s’applique qu’à la part qui rémunère l’actif. Voir le guide ventilation des revenus.
Le ratio nexus dans le secteur
Développement majoritairement interne, ratio élevé. La ventilation doit exclure la valeur des fonds documentaires.
Exemple chiffré
Une legaltech facture 1 M€ d’abonnements, dont 55 % rattachés au logiciel. Elle dépense 210 000 € par an et a cumulé 1,5 M€ de développement.
| Étape du calcul | Montant |
|---|---|
| Revenus tirés de l’actif sur l’exercice | 550 000 € |
| Dépenses de R&D de l’exercice rattachées à l’actif | − 210 000 € |
| Résultat net de l’actif | 340 000 € |
| Dépenses qualifiantes cumulées (interne et tiers indépendants) | 1 500 000 € |
| Sous-traitance à des entreprises liées et acquisitions | 0 € |
| Ratio nexus : min(1 500 000 € × 1,3 ; 1 500 000 €) ÷ 1 500 000 € | 100 % |
| Résultat imposé à 10 % | 340 000 € |
| Impôt au taux de 25 % sans l’option | 85 000 € |
| Impôt au taux de 10 % avec l’option | 34 000 € |
| Économie d’impôt estimée sur l’exercice | 51 000 € |
Le tableau ci-dessous montre comment l’économie évolue si les revenus de l’actif sont divisés par deux ou doublés, à dépenses inchangées : elle progresse plus vite que les revenus, parce que les dépenses de R&D sont déduites avant l’application du taux réduit.
| Scénario | Revenus de l’actif | Résultat net | Base à 10 % | Économie |
|---|---|---|---|---|
| Revenus divisés par deux | 275 000 € | 65 000 € | 65 000 € | 9 750 € |
| Hypothèse de l’exemple | 550 000 € | 340 000 € | 340 000 € | 51 000 € |
| Revenus doublés | 1 100 000 € | 890 000 € | 890 000 € | 133 500 € |
L’économie d’impôt ressort à 51 000 € sur l’exercice, avec un ratio nexus de 100 %. Si l’entreprise remplissait déjà ces conditions sans avoir opté, l’IP box peut s’appliquer rétroactivement sur ses trois derniers exercices : à revenus comparables, environ 153 000 € d’impôt récupérable. Le même calcul, avec vos chiffres, est disponible dans le simulateur.
Les pièges propres aux entreprises legaltech
- Inclure la valeur d’une base de jurisprudence dans la part logicielle.
- Oublier les prestations de paramétrage et de conseil associées.
Les documents à réunir dans le secteur
Avant d’opter, une entreprise du secteur gagne à rassembler les pièces suivantes, qui répondent aux questions que pose habituellement un vérificateur.
- La séparation entre la valeur du logiciel et celle des fonds documentaires.
- Les conditions d’abonnement et de licence d’API.
- La documentation des moteurs d’analyse développés en interne.
- Les licences des modèles et données tiers utilisés.
Mettre en place l’IP box dans le secteur
- Identifier les actifs qui génèrent des revenus et vérifier leur éligibilité (titre en vigueur, originalité du logiciel, titularité des droits).
- Qualifier les revenus : concession, sous-concession ou cession, et ventilation des contrats qui incluent des services.
- Reconstituer les dépenses de R&D par actif depuis l’origine, en distinguant interne, tiers indépendants, sociétés liées et acquisitions.
- Calculer le résultat net et le ratio nexus, puis estimer l’économie sur plusieurs exercices.
- Documenter et opter : documentation de l’article L. 13 BA, annexe 2468-SD jointe à la liasse.
IP box, CIR, CII et JEI
Les travaux de traitement automatique du langage peuvent relever du CIR s’ils lèvent de véritables verrous.
Le crédit d’impôt recherche et l’IP box se cumulent : le premier porte sur les dépenses, le second sur les revenus de l’actif. Voir le comparatif IP box et CIR.
Les entreprises du secteur en France
Nombre d’entreprises actives en France pour les principaux codes NAF du secteur, selon le répertoire SIRENE. Le code d’activité ne suffit pas à établir l’éligibilité, mais il donne la mesure du nombre d’entreprises potentiellement concernées.
| Code NAF | Activité | Entreprises actives |
|---|---|---|
| 58.29C | Édition de logiciels applicatifs | plus de 10 000 |
| 62.01Z | Programmation informatique | plus de 10 000 |
Où sont implantées les entreprises du secteur
Parmi les 128 villes suivies, celles qui comptent le plus d’entreprises sous les codes d’activité du secteur. Chaque page ville détaille l’écosystème local et le tissu d’entreprises concernées.
- IP box à Paris 10 000+
- IP box à Lyon 3 640
- IP box à Bordeaux 2 340
- IP box à Marseille 2 305
- IP box à Toulouse 2 201
- IP box à Montpellier 1 607
- IP box à Nantes 1 491
- IP box à Lille 1 334
Questions fréquentes
Une base de données juridique est-elle éligible ?
Non. Les bases de données sont exclues. Le logiciel qui les interroge peut être éligible s’il est original.
Combien une entreprise du secteur peut-elle économiser ?
Dans l’exemple de cette page, l’économie atteint 51 000 € par an pour 550 000 € de revenus d’actif. Elle passe à 133 500 € si les revenus doublent, à dépenses constantes. Le simulateur permet de faire le calcul avec vos propres chiffres.
Quels documents préparer avant d’opter ?
Outre la documentation commune (organisation de la R&D, liste des actifs, ratio nexus, méthodes de répartition), les pièces clés du secteur sont : la séparation entre la valeur du logiciel et celle des fonds documentaires ; les conditions d’abonnement et de licence d’API ; la documentation des moteurs d’analyse développés en interne ; les licences des modèles et données tiers utilisés.
L’IP box est-elle intéressante pour les entreprises legaltech ?
Elle l’est dès qu’une entreprise du secteur tire des revenus de licence ou de cession d’un actif éligible et que son résultat net est positif. L’économie dépend du résultat net de l’actif et du ratio nexus ; dans l’exemple de cette page, elle atteint 51 000 € par an.